Les familles en maraude

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Depuis le début de l’hiver,  nous rencontrons lors de nos maraudes à Strasbourg de plus en plus de familles qui se retrouvent dans la rue.

Lundi 15 février 2016 et il est minuit passé. La température extérieure est bien en dessous de zéro, et cela fait quelques heures déjà que nous tournons lors de notre maraude hebdomadaire lorsque, nous recevons un signalement par le 115. Plusieurs familles (au moins 1 adulte et un enfant)  nous attendent place Kléber, au coeur du centre-ville. 

Rencontrer “ces familles” est toujours délicat, non par crainte de leur comportement ou d’un danger quelconque pour nous mais par crainte de ne pouvoir les aider, et de les laisser eux en danger. Nous nous heurtons à une règle mathématique : une moyenne de six familles rencontrées  pour quatre hébergements possibles

Avant même de commencer nous savons que nous allons en laisser à la rue. 

Lorsque nous arrivons à Kleber, six familles nous attendent.

A peine sortie de la voiture, nous nous retrouvons “encerclés” par ses parents qui cherchent à mettre leurs enfants à l’abri du froid. 

Cette image est toujours impressionnante, de voir une collègue de maraude adossée à la voiture et entourée d’une vingtaine de personnes qui lui tendent leurs cartes d’identités pour demander un logement.

On s'organise. Deux d’entre nous recensent les familles pour appeler le 115, les trois autres proposent en parallèle de la soupe et du pain, en tentant de distraire les enfants pour les faire patienter. 

Le plus souvent, il s’agit de réfugiés en fin de droit dont les enfants sont scolarisés et parlent un français impeccable…des enfants qui la journée vont à l’école et le soir, tous les soirs doivent trouver un endroit où dormir. 

 Nous nous retrouvons ainsi dans cette situation insoutenable de choisir quels enfants vont dormir au chaud, et quels enfants dormiront dehors.

Nous proposons ainsi un hébergement pour quatre familles, et arnachons tant bien que mal les deux “familles restantes” (deux mères célibataires avec leurs filles de respectivement cinq ans et douze ans) de manteaux, bonnets, écharpes et autres pulls. 

Après avoir parlé pendant trente minutes avec les parents, et joué pendant autant de temps avec leurs enfants, nous regardons s’éloigner ces 2 mères avec leur petites filles dans la nuit en remontant dans notre camionette chauffée.

Nous les avons retrouvés la semaine suivante…. Et celles d’après…

Que va-t-il se passer quand viendra les beaux jours et le printemps, le nombre de place d’hébergement d’urgence pour les familles va passer de quatre à … zéro. 

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